NOTE : This copy has a number of problems—which I haven’t had the time to correct—that occurred when I tried to convert the file from a former version of Microsoft Word(circa 1996) to our current version—like, for some reason the “à” wouldn’t copy at all to the new version, nor the “è” which would only copy as “é” or “É”. So, unfortunately, a lot of the accents are wrong. But the text is readable…Désolé for the typos. If you wish to hear an audio version of this script read by yours truly, you can access one on the virtual tape deck. (Pat Lobert) Le Bourgeois Gentilhomme Monsieur Jourdain, bourgeois Madame Jourdain, sa femme Lucile, sa fille Nicole, servante Cléonte, amoureux de Lucile Covielle, valet de Cléonte Dorante, comte, amant de Doriméne Doriméne, marquise Maitre de musique Eléve du maître de musique Maître à danser Maître d’armes Maître de philosophie Maître tailleur Garçon tailleur Deux laquais (Autres personnages de intermédes et du ballet.) ACTE PREMIER Scéne premiére Maître de musique, Maître à danser; trois musiciens, deux violons, quatre danseurs MAITRE DE MUSIQUE. (Parlant … ses musiciens.) Venez, entrez dans cette salle et reposez-vous en attendant qu'il vienne. MAITRE A DANSER. (Parlant aux danseurs) Et vous aussi, de ce côté‚. MAITRE DE MUSIQUE. (A l'éléve.) Est-ce fait? L'ELEVE. Oui. MAITRE DE MUSIQUE. Voyons...Voilà… qui est bien. MAITRE A DANSER. Est-ce quelque chose de nouveau? MAITRE DE MUSIQUE. Oui, c'est un air de musique que je lui ai fait composer, en attendant que notre homme s'éveille. MAITRE A DANSER. Peut-on voir ce que c'est? MAITRE DE MUSIQUE. Vous l'entendrez dés qu'il sera là…. Il ne va pas tarder. MAITRE A DANSER. Nos occupations, à vous et à moi, ne sont pas petites maintenant. MAITRE DE MUSIQUE. C'est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous deux. Ce Monsieur Jourdain, avec ses visions de noblesse et d’élégance qu'il est allé se mettre en tête, est une douce rente pour votre danse et pour ma musique. MAITRE A DANSER. Il est vrai qu'il connaît mal ces choses mais qu'il les paie bien. MAITRE DE MUSIQUE. Le voilà qui vient. Scéne II M. Jourdain, deux laquais, maître de musique, maître à danser, violons, musiciens et danseurs M. JOURDAIN. Eh bien, messieurs, me ferez-vous voir votre petit divertissement? MAITRE A DANSER. Comment? quel divertissement? M. JOURDAIN. Euh...comment appelez-vous cela? Votre prologue ou dialogue de chansons et de danse. MAITRE A DANSER. Ah,ah! MAITRE DE MUSIQUE. Nous sommes prêts. M. JOURDAIN. Je vous ai fait un peu attendre, mais c'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualité, et mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'avais du mal à mettre. MAITRE DE MUSIQUE. Nous ne sommes ici que pour attendre votre plaisir. M. JOURDAIN. Ne vous en allez pas, je vous prie, sans m'avoir vu habillé comme il faut. MAITRE A DANSER. Comme il vous plaira. M. JOURDAIN. Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité portaient le matin une robe de chambre en indienne comme celle-ci. MAITRE DE MUSIQUE. Cela vous va trÉs bien. M. JOURDAIN. Laquais! PREMIER LAQUAIS. Monsieur. M. JOURDAIN. L'autre laquais! SECOND LAQUAIS. Monsieur. M. JOURDAIN. Tenez ma robe. Me trouvez-vous bien comme cela? MAITRE A DANSER. TrÉs bien. On ne peut pas mieux. M. JOURDAIN. Voyons un peu votre affaire. MAITRE DE MUSIQUE. Je veux vous faire entendre l'air de la sérénade que vous m'avez demandé. M. JOURDAIN. Donnez-moi ma robe pour mieux entendre...Attendez, je crois que je serai mieux sans robe...Non, redonnez-la moi, cela ira mieux. MAITRE DE MUSIQUE. (Chantant.) Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême, Depuis que… vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis: Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime, Hélas! que pourriez-vous faire … vos ennemis? M. JOURDAIN. Cette chanson me semble un peu triste; elle endort. MAITRE DE MUSIQUE. Mais monsieur, l'air doit être en accord avec les paroles! M. JOURDAIN. J'en ai appris une, tout … fait jolie, il y a quelque temps...Attendez...Là...Comment est-ce qu'elle dit? Il y a du mouton dedans. MAITRE DE MUSIQUE. Du mouton? M. JOURDAIN. Oui. Ah! (M. Jourdain chante.) Je croyais Jeanneton Aussi douce que belle Je croyais Jeanneton Plus douce qu'un mouton; Hélas! hélas! elle est cent fois, Mille fois plus cruelle Que n'est le tigre dans les bois. N'est-elle pas jolie? MAITRE DE MUSIQUE. La plus jolie du monde. MAITRE A DANSER. Et vous la chantez bien. M. JOURDAIN. C'est sans avoir appris la musique. MAITRE DE MUSIQUE. Vous devriez l'apprendre, monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui vont bien ensemble. MAITRE A DANSER. Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses. M. JOURDAIN. Je l'apprendrai donc. (Les danseurs exécutent les mouvements sur l'air de musique. C'est le premier intermÉde.) ACTE II ScÉne premiÉre M. Jourdain, maÎtre de musique, maÎtre … danser, laquais M. JOURDAIN. Bravo! Je vois que tout est prêt pour accueillir une personne de qualité‚ que j'attends. A propos. Apprenez-moi comment il faut faire une révérence pour saluer une marquise; j'en aurai besoin tantôt. MAITRE A DANSER. Une révérence pour saluer une marquise? M. JOURDAIN. Oui; une marquise qui s'appellle DorimÉne. MAITRE A DANSER. Donnez-moi la main. M. JOURDAIN. Non. Vous n'avez que… faire; je le retiendrai bien. MAITRE A DANSER. Si vous voulez la saluer avec beaucoup de respect, il faut faire d'abord une révérence en arriÉre, puis marcher vers elle avec trois révérences en avant, et à la derniÉre vous baisser jusqu'à ses genoux. M. JOURDAIN. Faites voir. Bon. PREMIER LAQUAIS. Monsieur, votre maÎtre d'armes est là. M. JOURDAIN. Dis-lui qu'il entre ici me donner ma leçon. Je veux que vous me voyiez faire. ScÉne II maÎtre d'armes, maÎtre à danser, maÎtre de musique, M. Jourdain, deux laquais MAITRE D'ARMES. (AprÉs lui avoir mis l'épée dans la main.) Allons, monsieur, la révérence. Votre corps droit. Un peu penché‚ sur la cuisse gauche. Les jambes moins écartées. Vos pieds sur une même ligne. Votre poignet à l'opposite de votre hanche. La pointe de votre épée à la hauteur de votre épaule. Le bras plus souple. La main gauche à la hauteur de l'oeil. L'épaule gauche plus en arriÉre. La tête droite. Le regard fier. Avancez. Touchez-moi. Une, deux. Un saut en arriÉre. Allons, recommencez. Avancez. Touchez-moi. Un saut en arriÉre. En garde, monsieur, en garde. (Le maÎtre d'armes attaque en lui disant: <>) M. JOURDAIN. Euh? MAITRE DE MUSIQUE. Vous faites des merveilles. MAITRE D'ARMES. Je vous l'ai déjà… dit, tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses; à donner et à ne pas recevoir, comme je vous l'ai fait voir l'autre jour. M. JOURDAIN. Sans être courageux, un homme peut donc tuer sans être tué? MAITRE D'ARMES. Sans aucun doute. Vous en avez vu la démonstration et vous comprenez pourquoi la science des armes l'emporte sur toutes les autres sciences inutiles comme la danse, la musique, la... MAITRE A DANSER. Doucement, monsieur: ne parlez de la danse qu'avec respect. MAITRE DE MUSIQUE. Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l'excellence de la musique. MAITRE D'ARMES. Vous êtes trÉs drôles de vouloir comparer vos sciences à la mienne! MAITRE DE MUSIQUE. Pour qui vous prenez-vous? MAITER A DANSER. Voilà un plaisant animal, avec son plastron! MAITRE D'ARMES. Mon petit maÎtre … danser, je vous ferais danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais chanter de belle maniÉre. M. JOURDAIN. (Au maÎtre … danser.) Etes-vous fou d'aller le quereller, lui qui sait donner sans recevoir? MAITRE A DANSER. Je me moque de ce qu'il sait. MAITRE D'ARMES. Comment? petit impertinent. M. JOURDAIN. Eh! mon MaÎtre d'armes. MAITRE A DANSER. Comment? grand cheval de carosse. M. JOURDAIN. Eh! mon MaÎtre à danser. MAITRE D'ARMES. Si je mets la main sur vous... M. JOURDAIN. Doucement. MAITRE A DANSER. Je vous battrais comme vous le méritez. M. JOURDAIN. Je vous en prie. MAITRE DE MUSIQUE. Laissez-nous un peu lui apprendre à parler. M. JOURDAIN. Mon Dieu! arrêtez-vous. ScÉne III maÎtre de philosophie, maÎtre de musique, maÎtre à danser, maÎtre d'armes, M. Jourdain, laquais M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe, vous arrivez tout à propos avec votre philosophie. Venez mettre la paix entre ces personnes. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Qu'est-ce donc? Qu'y a-t-il, messieurs? M. JOURDAIN. Voulant savoir laquelle de leur profession est la meilleure, ils se sont mis en colère jusqu'à se dire des injures et vouloir en venir aux mains. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Hé quoi? Messieurs, faut-il s'emporter ainsi? et n'avez-vous pas lu le savant traitè que SénÉque a composé sur la colÉre? Y a-t-il rien de plus honteux que cette passion qui fait d'un homme une bête féroce? Et la raison ne doit-elle pas être maÎtresse de tous nos mouvements? MAITRE A DANSER. Je lui soutiens que la danse est une science à laquelle on ne peut faire assez d'honneurs. MAITRE DE MUSIQUE. Et moi, que la musique en est une que tous les siÉcles ont révérée. MAITRE D'ARMES. Et moi, je leur soutiens à tous deux que la science des armes est la plus belle et la plus nécessaire des sciences. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Et la philosophie? Je vous trouve tous trois bien impertinents de parler devant moi ainsi et de donner le nom de science à des choses qu'on ne doit pas même honorer du nom d'art et qui ne sont, tout au plus, que de misérables métiers de gladiateur, de chanteur et de baladin! MAITRE D'ARMES. Allez, philosophe de chien. MAITRE DE MUSIQUE. Allez, pédant. MAITRE A DANSER. Allez, cuistre. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Comment? canailles que vous êtes... (Le philosophe se jette sur eux. Tous trois le frappent à coups de bâtons. Ils sortent en se battant.) M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe! MAITRE DE PHILOSOPHIE. Insolents! M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe! MAITRE D'ARMES. Animal! M. JOURDAIN. Messieurs! MAITRE DE PHILOSOPHIE. Impudents! M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe! MAITRE A DANSER. Idiot! M. JOURDAIN. Messieurs! MAITRE DE PHILOSOPHIE. Scélérats! M. JOURDAIN. Monsieur le Philosophe! MAITRE DE MUSIQUE. Impertinent! M. JOURDAIN. Messieurs, monsieur le Philosophe, messieurs, monsieur le Philosophe, messieurs! ScÉne IV maÎtre de philosophie, M. Jourdain MAITRE DE PHILOSOPHIE. (En arrangeant son col.) Venons à notre leçon. M. JOURDAIN. Ah! monsieur, je suis désolé des coups qu'ils vous ont donnés. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Ce n'est rien. Un philosophe sait recevoir les choses comme il faut. Laissons cela. Que voulez-vous apprendre? M. JOURDAIN. Tout ce que je pourrai, car j'ai trÉs envie d'être savant. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Avez-vous quelques principes, quelques commencements des sciences? M. JOURDAIN. Oh! oui, je sais lire et écrire. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Voulez-vous apprendre la morale? M. JOURDAIN. La morale? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Oui. M. JOURDAIN. Qu'est-ce qu'elle dit cette morale? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Elle traite du bonheur, enseigne aux hommes à modérer leurs passions, et... M. JOURDAIN. Non, laissons cela. Je suis coléreux comme tous les diables. Il n'y a pas de morale qui tienne, je veux me mettre en colÉre tant que je veux, quand j'en ai envie. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Que voulez-vous donc que je vous apprenne? M. JOURDAIN. Apprenez-moi l'orthographe. MAITRE DE PHILOSOPHIE. TrÉs volontiers. Pour traiter cette matiÉre en philosophe, il faut commencer par une exacte connaissance de la nature des lettres et des maniÉres différentes de les prononcer. Et là-dessus j'ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, qui expriment les voix, et en consonnes qui sonnent avec les voyelles et marquent les articulations des voix. Il y a cinq voyelles: A,E,I,O,U. M. JOURDAIN. Je comprends tout cela. MAITRE DE PHILOSOPHIE. La voix A se forme en ouvrant la bouche: A. M. JOURDAIN. A, A. Oui. MAITRE DE PHILOSOPHIE. La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d'en bas de celle d'en haut: A,E. M. JOURDAIN. A,E,A,E. Ma foi! oui. Ah! c'est beau. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Et la voix I en rapprochant encore davantage les mâchoires l'une de l'autre, et en écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles: A,E,I. M. JOURDAIN. A,E,I,I,I,I. C'est vrai. Vive la science! MAITRE DE PHILOSOPHIE. La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et en rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas: O. M. JOURDAIN. O,O. Il n'y a rien de plus juste. A,E,I,O,I,O. C'est admirable! I,O,I,O. MAITRE DE PHILOSOPHIE. La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entiÉrement, et en allongeant les deux lÉvres en dehors, les approchant aussi l'une de l'autre sans les joindre tout à fait: U. M. JOURDAIN. U,U. Il n’y a rien de plus véritable. U. MAITRE DE PHILOSOPHIE : Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que : U MAITRE DE PHILOSOPHIE. Demain nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes. M. JOURDAIN. Est-ce qu'on y trouve des choses aussi curieuses que celles-ci? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Sans doute. La consonne D, par exemple, se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d'en-haut! DA. M. JOURDAIN. DA, DA. Oui. Ah! les belles choses! les belles choses! MAITRE DE PHILOSOPHIE. Je vous expliquerai à fond toutes ces curiosités. M. JOURDAIN. S'il vous plaÎt. Je dois maintenant vous faire une confidence. Je suis amoureux d'une dame de haute noblesse. Je veux lui écrire un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds et j'ai besoin de votre aide. MAITRE DE PHILOSOPHIE. TrÉs bien. M. JOURDAIN : Ce sera galant, oui. MAITRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. Vous le voulez en vers? M. JOURDAIN. Non, non, pas de vers. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Vous ne voulez que de la prose? M. JOURDAIN. Non, je ne veux ni prose ni vers. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Il faut bien que ce soit l'un ou l'autre. M. JOURDAIN. Pourquoi? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Parce qu'on ne peut s'exprimer qu'en vers ou en prose. M. JOURDAIN : Il n’y a que la prose ou les vers. MAITRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose. M. JOURDAIN. Lorsqu'on parle, qu'est-ce que c'est? MAITRE DE PHILOSOPHIE. De la prose. M. JOURDAIN. Quoi? Quand je dis: "Nicole, apportez-moi mes pantoufles et mon bonnet de nuit," c'est de la prose? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Oui, monsieur. M. JOURDAIN. Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans le savoir, et je vous remercie de me l'avoir appris! Je voudrais donc lui dire: Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour; mais je voudrais l'écrire d'une maniÉre plus jolie, plus élégante. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre coeur en cendres; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d'un... M. JOURDAIN. Non, non, non, je ne veux pas de tout cela; je ne veux que ce que je vous ai dit: Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour, mais arrangé à la mode. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Ah! bien. On peut les mettre d'abord comme vous avez dit: Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. Ou bien: D'amour mourir me font, belle marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien: Mourir vos beaux yeux, belle marquise, d'amour me font. Ou bien: Me font vos yeux beaux mourir, belle marquise, d'amour. M. JOURDAIN. Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure? MAITRE DE PHILOSOPHIE. Celle que vous avez dite:. Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour M. JOURDAIN. Je n'ai jamais étudié, et j'ai pourtant fait cela du premier coup. Je vous remercie de tout mon coeur, et vous prie de venir demain de bonne heure. MAITRE DE PHILOSOPHIE. Je n'y manquerai pas. M. JOURDAIN. (A son laquais.) Comment? mon habit n'est pas encore arrivé? SECOND LAQUAIS. Non, monsieur. M. JOURDAIN. Ce maudit tailleur me fait bien attendre pour un jour où j'ai tant à faire. J'enrage. Au diable le tailleur, que la peste l'étouffe! Si je le tenais maintenant, ce chien de tailleur, ce traÎtre de tailleur, je... ScÉne V maÎtre tailleur, M. Jourdain, quatre gar‡ons tailleurs M. JOURDAIN. Ah, vous voilà! J' allais me mettre en colÉre contre vous. MAITRE TAILLEUR. Je n' ai pas pu venir plus tôt. M. JOURDAIN. Mes bas de soie sont si étroits que j'en ai cassé deux mailles. MAITRE TAILLEUR. Ils finiront par s'élargir. M. JOURDAIN. Oui, si je casse toujours des mailles. Mes souliers me blessent terriblement. MAITRE TAILLEUR. Pas du tout, Monsieur. M. JOURDAIN. Comment, pas du tout? MAITRE TAILLEUR. Non, ils ne vous blessent pas. M. JOURDAIN. Je vous dis qu'ils me blessent moi. MAITRE TAILLEUR. Vous vous l'imaginez. Tenez, voilà le plus bel habit de la cour. Un habit sérieux qui n'est pas noir; un chef-d'oeuvre!...Voulez-vous le mettre? M. JOURDAIN. Oui, donnez-le moi. MAITRE TAILLEUR. Attendez, pas comme cela. J' ai amené des gens pour vous habiller en cadence: ces sortes d'habits se mettent avec cérémonie. Holà! entrez vous autres. Mettez cet habit … Monsieur, comme vous le faites aux personnes de qualité. GARCON TAILLEUR. Mon gentilhomme, donnez, s'il vous plaÎt, un pourboire aux garçons. M. JOURDAIN. Comment m'appelez-vous? GARCON TAILLEUR. Mon gentilhomme. M. JOURDAIN. Mon gentilhomme! Voilà ce que c'est que de s'habiller en personne de qualité. Restez toujours en bourgeois, on ne vous dira pas: Mon gentilhomme. Tenez, voilà pour Mon gentilhomme. GARCON TAILLEUR. Monseigneur, mille mercis! M. JOURDAIN. Monseigneur, oh, oh! Monseigneur! Attendez, mon ami: Monseigneur mérite quelque chose. Tenez voilà ce que Monseigneur vous donne. GARCON TAILLEUR. Monseigneur, nous allons boire … la santé de Votre Grandeur. M. JOURDAIN. Votre Grandeur! Oh, oh, oh! Attendez, ne vous en allez pas. A moi Votre Grandeur! (Bas, … part.) Ma foi, s'il va jusqu'à l'Altesse, il aura toute la bourse. (Haut.) Tenez, voilà pour Ma Grandeur. GARCON TAILLEUR. Monseigneur, nous vous remercions humblement. M. JOURDAIN. Il a bien fait: j'allais tout lui donner. (Les quatre garçons tailleurs se réjouissent par une danse qui fait le second intermÉde.) ACTE III ScÉne premiÉre M. Jourdain, Nicole, laquais M. JOURDAIN. Nicole! NICOLE. Oui. monsieur. M. JOURDAIN. Ecoutez. NICOLE. Hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Qu'as-tu à rire? NICOLE. Hi, hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Que veut dire cette coquine? NICOLE. Hi, hi, hi, comme vous voilà vêtu! Hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Comment donc? NICOLE. Ah,ah! mon Dieu! Hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Te moques-tu de moi? NICOLE. Non, Monsieur, je n'oserai pas. Hi, hi, hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Si tu ris encore, je te donne une claque. NICOLE. Monsieur, je ne peux m'en empêcher. Hi, hi, hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Tu ne veux pas t'arrêter. NICOLE. Monsieur, je vous demande pardon, mais vous êtes si drôle que je ne peux me retenir. Hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Mais voyez quelle insolence! NICOLE. Je vous prie de m'excuser. Hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. Si tu ris encore, je te jure que je vais te donner la plus grande claque de ta vie! NICOLE. TrÉs bien, Monsieur. Je ne rirai plus. M. JOURDAIN. Fais bien attention Nicole, il faut que tu nettoies... NICOLE. Hi, hi! M. JOURDAIN. Que tu nettoies comme il faut... NICOLE. Hi, hi! M. JOURDAIN. Encore! NICOLE. Tenez, Monsieur, battez-moi, mais laissez-moi rire. Cela me fera du bien. Hi, hi, hi, hi, hi! M. JOURDAIN. J'enrage. NICOLE. Je vous en prie, Monsieur, laissez-moi rire. Hi, hi, hi! ScÉne II Mme Jourdain, M. Jourdain, Nicole, laquais MME JOURDAIN. Ah! ah! Qu'est-ce donc, mon mari, que ce costume-là? Vous moquez-vous du monde ou avez-vous envie qu'on se moque de vous? M. JOURDAIN. Il n'y a que les sots et les sottes, ma femme, qui se moqueront de moi. MME JOURDAIN. Vraiment? Il y a longtemps que vos façons de faire font rire tout le monde. M. JOURDAIN. Qui est donc tout ce monde-là, s'il vous plaÎt? MME. JOURDAIN. Tout ce monde-là est un monde qui a raison, et qui est plus sage que vous. Je suis scandalisée par la vie que vous menez. Je ne sais plus ce qu'est notre maison: on se croirait tous les jours au carnaval et, dÉs le matin, on y entend des violons et des chanteurs. Les voisins s'en plaignent. NICOLE. Madame parle bien. Je ne peux plus garder la maison propre avec tous ces gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville pour l'apporter ici. La pauvre Françoise est épuisée à frotter les planchers. M. JOURDAIN. Vous parlez beaucoup pour une servante, Nicole. MME JOURDAIN. Nicole a raison. Je voudrais bien savoir ce que vous pensez faire d'un maÎtre à danser, à votre ƒge. NICOLE. Et d'un maÎtre d'armes qui vient, avec ses battements de pied, ébranler toute la maison et arracher tous les carreaux de la salle? M. JOURDAIN. Taisez-vous, ma servante, et ma femme. MME. JOURDAIN. Vous devriez plutôt penser à marier votre fille. M. JOURDAIN. Je penserai à marier ma fille quand il se présentera un beau parti pour elle, mais je veux aussi apprendre les belles choses. NICOLE. Il paraÎt, madame, qu'il a pris aujourd'hui un maÎtre de philosophie. M. JOURDAIN. Exactement. je veux avoir de l'esprit, et pouvoir parler avec les gens bien. MME JOURDAIN. Tout cela est nécessaire pour diriger votre maison ? M. JOURDAIN. Assurément. Vous parlez toutes les deux comme des bêtes, et j'ai honte de votre ignorance. (A Mme Jourdain.) Par exemple, savez-vous, vous, ce que vous dites en ce moment? MME JOURDAIN. Oui, je sais que ce que je dis est trÉs bien dit, et que vous devriez songer à vivre autrement. M. JOURDAIN. Je ne parle pas de cela. Je vous demande ce que sont les paroles que vous dites, ce que moi je vous dis. Qu'est-ce que c'est? MME. JOURDAIN. Des chansons. M. JOURDAIN. Hé non, ce n'est pas cela. C'est de la prose, ignorante. MME JOURDAIN. De la prose? M. JOURDAIN. Oui, de la prose. Tout ce qui est prose n'est pas vers, et tout ce qui n'est pas vers n'est pas prose. heu, voilà ce que c'est d'étudier. (A Nicole.) Et toi, sais-tu comment il faut faire pour dire un U? NICOLE. Quoi? M. JOURDAIN. Dis un U, pour voir. NICOLE. Hé bien, U. M. JOURDAIN. Qu'est-ce que tu fais? NICOLE. Je dis U. M. JOURDAIN. Oui, mais quand tu dis U, qu'est-ce que tu fais? NICOLE. Je fais ce que vous me dites. M. JOURDAIN. Tu allonges les lÉvres en dehors, ignorante, et tu rapproches la mâchoire d'en haut de celle d'en bas: U, vois-tu? U. Je fais la moue: U. NICOLE. Je vois. MME JOURDAIN. C'est admirable. M. JOURDAIN. J'enrage quand je vois des femmes ignorantes. MME JOURDAIN. Vous devriez envoyer promener tous ces gens, avec leurs bêtises. NICOLE. Surtout ce maÎtre d'armes qui fait tant de poussiÉre. MME JOURDAIN. Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos fantaisies. Cela vous est venu depuis que vous fréquentez la noblesse, et ce Monsieur le comte que vous fréquentez est une belle affaire. M. JOURDAIN. Paix! Vous ne savez pas de qui vous parlez. C'est un seigneur trÉs important à la cour, et qui parle au Roi comme je vous parle. MME JOURDAIN. Mais il vous emprunte votre argent. M. JOURDAIN. Hé bien! N'est-ce pas de l'honneur de prêter de l'argent à un homme de cette condition-là? MME JOURDAIN. Et ce seigneur, que fait-il pour vous? M. JOURDAIN. Des choses dont on serait étonnées si on les savait. MME JOURDAIN. Et quoi? M. JOURDAIN. Taisez-vous. Le voici. MME JOURDAIN. Il ne nous manquait plus que cela. Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt. Quand je le vois, je n'ai plus faim. M. JOURDAIN. Taisez-vous, vous dis-je. ScÉne III Dorante, M. Jourdain, Mme Jourdain, Nicole DORANTE. Mon cher ami, Monsieur Jourdain, comment allez-vous? M. JOURDAIN. TrÉs bien, Monsieur, pour vous rendre mes petits services. DORANTE. Et Madame Jourdain, comment va-t-elle? MME JOURDAIN. Madame Jourdain va comme elle peut. DORANTE. Monsieur Jourdain, vous êtes d'une élégance! Tournez-vous. C'est trÉs élégant. MME JOURDAIN. (A part.) Oui, aussi sot par derriÉre que par devant. DORANTE. Ma foi, Monsieur Jourdain, vous êtes l'homme du monde que j'estime le plus, et je parlais de vous encore ce matin dans la chambre du Roi. Vous m'avez généreusement prêté de l'argent, en plusieurs occasions... M. JOURDAIN. Monsieur, je vous en prie. DORANTE. Mais je sais rendre ce qu'on me prête, et je suis ici pour régler nos comptes. M. JOURDAIN. (Bas … Mme Jourdain.) Je vous le disais bien. DORANTE. Voyons ce que je vous dois. M. JOURDAIN. (Bas … Mme Jourdain.) Vous voilà, avec vos soupçons ridicules. DORANTE. Vous souvenez-vous de tout l'argent que vous m'avez prêté? M. JOURDAIN. Je crois que oui, je l'ai inscrit dans ce carnet que voici. Donné à vous une fois deux cents louis. DORANTE. C'est vrai. M. JOURDAIN. Une autre fois cent vingt. DORANTE. Oui. M. JOURDAIN. Et une autre fois cent quarante. DORANTE. Vous avez raison. M. JOURDAIN. Ce qui nous fait quatre cent soixante louis, c'est à dire cinq mille soixante livres. DORANTE. Le compte est bon. Cinq mille soixante livres. M. JOURDAIN. Mille huit cent trente-deux livres à votre plumassier. DORANTE. Juste. M. JOURDAIN. Deux mille sept cent quatre-vingts livres à votre tailleur. DORANTE. C'est vrai. M. JOURDAIN. Quatre mille trois cent soixante-dix-neuf livres douze sols huit deniers à votre marchand. DORANTE. TrÉs bien. Douze sols huit deniers, le compte est juste. M. JOURDAIN. Et mille sept cent quarante-huit livres sept sols quatre deniers à votre sellier. DORANTE. C'est parfait. Cela fait combien? M. JOURDAIN. Somme totale, quinze mille huit cents livres. DORANTE. Somme totale est juste: quinze mille huit cents livres. Ajoutez deux mille deux cents livres que vous allez me donner, cela fera exactement dix huit mille livres, que je vous paierai dÉs que possible. MME JOURDAIN. (Bas, … M. Jourdain.) Eh bien! ne l'avais-je pas bien deviné? M. JOURDAIN. (Bas, … Mme Jourdain.) Paix! DORANTE. Serez-vous gêné de me les donner? M. JOURDAIN. Eh non! MME JOURDAIN. (Bas, … M. Jourdain.) Cet homme fait de vous une vache à lait. M. JOURDAIN. Taisez-vous. DORANTE. Je peux aller les demander ailleurs. M. JOURDAIN. Pas du tout, Monsieur. DORANTE. Beaucoup de gens m'en prêteraient avec joie, mais comme vous êtes mon meilleur ami... M. JOURDAIN. Vous me faites trop d'honneur, Monsieur. Je vais les chercher. MME JOURDAIN. (Bas, … M. Jourdain.) Quoi? vous allez encore lui donner cela? M. JOURDAIN. (Bas, … Mme Jourdain.) Que faire? MME JOURDAIN. (Bas, … M. Jourdain.) Allez, vous êtes une vraie dupe. ScÉne IV Dorante, Mme Jourdain, Nicole DORANTE. Mademoiselle votre fille, où est-elle? Je ne la vois pas. MME JOURDAIN. Mademoiselle ma fille est bien où elle est. DORANTE. Comment va-t-elle? MME JOURDAIN. Elle va sur ses deux jambes. DORANTE. Voulez-vous, un de ces jours, venir voir avec elle, le ballet et la comédie que l'on donne chez le Roi? MME JOURDAIN. Oui, vraiment, nous avons trÉs envie de rire! ScÉne V M. Jourdain, Mme Jourdain, Dorante, Nicole M. JOURDAIN. Voilà deux mille deux cents francs bien comptés. DORANTE. Merci, Monsieur Jourdain, Je brûle de vous rendre un service à la cour. (Bas, à M. Jourdain.) Notre belle marquise, comme je vous le dis dans mon billet, viendra bientôt ici. Je l'ai fait consentir enfin au spectacle que vous voulez lui donner. M. JOURDAIN. Venez un peu plus loin. DORANTE. Je ne vous ai pas vu depuis huit jours, et vous n'avez pas de nouvelles du diamant que je devais lui offrir de votre part. C'est que j'ai eu toutes les peines du monde à la convaincre et ce n'est qu'aujourd'hui qu'elle l'a accepté. M. JOURDAIN. Comment l'a-t-elle trouvé? DORANTE. Merveilleux. La beauté de ce diamant fera pour vous, sur son esprit, un effet admirable. M. JOURDAIN. Que le Ciel vous entende. MME JOURDAIN. (A Nicole.) Quand il est avec lui, il ne peut le quitter. DORANTE. Vous avez pris le bon moyen pour toucher son coeur: les femmes aiment les dépenses qu'on fait pour elles. La musique, les bouquets, ce superbe feu d'artifice, le diamant, qu'elle a reçu de votre part, et ce spectacle que vous lui préparez, tout cela parle mieux à son coeur que toutes les paroles qu'on peut dire. M. JOURDAIN. Je suis prêt à dépenser ce qu'il faut pour trouver le chemin du coeur d'une dame de qualité. MME JOURDAIN. (A Nicole.) Que peuvent-ils tant dire ensemble? Va tendre un peu, tout doucement, l'oreille. DORANTE. Vous allez bientôt la voir et vos yeux auront tout le temps de se satisfaire. M. JOURDAIN. Pour être tranquille, j'envoie ma femme déjeuner chez sa soeur où elle passera l'aprÉs-midi. DORANTE. Vous avez bien fait, votre femme nous aurait gênés. Je me suis occupé de tout, la cuisine, et les danseurs pour le ballet. Il est de mon invention, et... M. JOURDAIN. (S'aperçoit que Nicole écoute, et lui donne une claque.) Ouais, vous êtes bien impertinente. Sortons, s'il vous plaÎt. ScÉne VI Mme Jourdain, Nicole NICOLE. Madame, j'ai payé ma curiosité, mais je crois qu'il se passe quelque chose. Il parlent d'une affaire qu'ils veulent garder secrÉte. MME JOURDAIN. Il y a longtemps, Nicole, que je soupçonne mon mari. Mais pensons à ma fille. Tu sais que Cléonte l'aime. C'est un homme qui me plaÎt. NICOLE. Vraiment, Madame, je suis contente de vous entendre car, si le maÎtre vous plaÎt, le valet ne me plaÎt pas moins. MME JOURDAIN. Va le trouver, et dis lui, de ma part, de venir me trouver. Nous ferons ensemble à mon mari sa demande pour ma fille. NICOLE. J'y cours, Madame, avec joie. Je vais faire plaisir à bien des gens. ScÉne VII (deleted) ScÉne VIII Cléonte, Covielle CLEONTE. Quoi? traiter ainsi un amoureux, le plus fidÉle et le plus sincÉre des amoureux? COVIELLE. C'est une chose épouvantable, ce qu'on nous fait à tous les deux. CLEONTE. Je montre à une personne toute la tendresse possible, je n'aime qu'elle, je ne pense qu'à elle, je la rencontre par hasard et ma joie éclate sur mon visage, je cours vers elle, et l'infidÉle détourne de moi ses regards et passe comme si elle ne me connaissait pas! COVIELLE. Je dis les mêmes choses que vous. CLEONTE. Y a-t-il une perfide égale à Lucile? COVIELLE. Et une pendarde comme Nicole? CLEONTE. Tant de larmes que j'ai versées à ses genoux! COVIELLE. Tant de seaux d'eau que j'ai tirés au puits pour elle! CLEONTE. Elle me fuit avec mépris! COVIELLE. Elle me tourne le dos! CLEONTE. Quelle perfidie! COVIELLE. Quelle trahison! CLEONTE. Pour m'aider, dis-moi d'elle tout le mal possible. COVIELLE. Elle, monsieur! elle est d'une médiocrité! PremiÉrement, elle a les yeux petits. CLEONTE. C'est vrai, elle a les yeux petits; mais elle les a pleins de feux. COVIELLE. Elle a la bouche grande. CLEONTE. Oui, mais c'est la bouche la plus attirante du monde. COVIELLE. Elle n'est pas grande. CLEONTE. Non, mais trÉs belle. COVIELLE. Pour de l'esprit... CLEONTE. Elle en a, Covielle, du plus fin, du plus délicat. COVIELLE. Sa conversation... CLEONTE. Sa conversation est charmante. COVIELLE. Je vois bien que vous l'aimez toujours. CLEONTE. Moi, plutôt mourir. Je vais la haïr autant que je l'ai aimée. La voici. ScÉne IX Cléonte, Lucile, Covielle, Nicole CLEONTE. (A Covielle.) Je ne veux pas lui parler. COVIELLE. Je veux vous imiter. LUCILE. Qu'avez-vous Cléonte? NICOLE. Qu'as-tu donc, Covielle? LUCILE. Pourquoi ce chagrin? NICOLE. Pourquoi cette mauvaise humeur? LUCILE. Etes-vous muet, Cléonte? NICOLE. As-tu perdu la parole, Covielle? CLEONTE. Voilà qui est scélérat! COVIELLE. Voil… que est traÎtre! LUCILE. Je suis sûre que c'est la rencontre de tout à l'heure qui a troublé votre esprit. CLEONTE. (A Covielle.) Ah! ah! elle sait ce qu'elle a fait! LUCILE. N'est-il pas vrai Cléonte que c'est là le sujet de votre colÉre? CLEONTE. Oui, perfide, puisqu'il faut parler. Mais je vous promets que vous ne serez pas gagnante. COVIELLE. (A Nicole.) Moi de même. LUCILE. Voilà bien du bruit pour un rien. Je vais vous dire, Cléonte, pourquoi je vous ai évité ce matin. (Suit Cléonte.) Apprenez que ce matin... CLEONTE. Non, vous dis-je. NICOLE. (Suit Covielle.) Apprends que... COVIELLE. Non, traÎtresse. LUCILE. Ecoutez. CLEONTE. Rien à faire. NICOLE. Laisse-moi dire. COVIELLE. Je suis sourd. LUCILE. Cléonte! CLEONTE. Non. NICOLE. Covielle. COVIELLE. Point. LUCILE. (S'arrêtant.) Hé bien, puisque vous ne voulez pas m' écouter, faites ce qu'il vous plaira. NICOLE. (S'arrêtant aussi.) Puisque tu fais comme cela, prends-le comme tu voudras. CLEONTE. (Se retournant vers Lucile.) Dites donc la raison d'un si bel accueil. LUCILE. (S'en allant à son tour pour éviter Cléonte.) Je ne veux plus rien dire. COVIELLE. (Se retournant vers Nicole.) Dis-moi ton histoire. NICOLE. (S'en allant à son tour pour éviter Covielle.) Je ne veux plus, moi, te l'apprendre. CLEONTE. Dites-moi. LUCILE. Non, je ne veux rien dire. COVIELLE. Explique. NICOLE. Non, je n'explique rien. CLEONTE. Lucile! LUCILE. Non! COVIELLE. Nicole! NICOLE. Point! CLEONTE. Hé bien! puisque vous ne voulez pas m'éclairer, vous me voyez, ingrate, pour la derniÉre fois. COVIELLE. (A Nicole.) Et moi, je vais suivre ses pas. LUCILE. (A Cléonte, qui veut sortir.) Cléonte! NICOLE. (A Covielle, qui suit son maÎtre.) Covielle! CLEONTE. (S'arrêtant.) Eh? COVIELLE. (S'arrêtant aussi.) Oui? LUCILE. Où allez-vous? CLEONTE. Je vous l'ai dit. COVIELLE. Nous allons mourir. LUCILE. Vous allez mourir, Cléonte? CLEONTE. Oui, cruelle, puisque vous le voulez. LUCILE. Qui vous le dit? CLEONTE. (S'approchant de Lucile.) C'est le vouloir que de ne pas me répondre. LUCILE. Est-ce ma faute? Si vous m'aviez écoutée, je vous aurais dit que l'aventure dont vous vous plaignez a été causée ce matin par la présence d'une vieille tante qui veut que la seule approche d'un homme déshonore une fille. NICOLE. (A Covielle.) Voilà le secret de l'affaire. CLEONTE. Ah! Lucile, qu'avec un mot de votre bouche vous savez apaiser de choses en mon coeur! COVIELLE. On est aisément amadoué par ces animaux-là! ScÉne X Mme Jourdain, Cléonte, Lucile, Covielle, Nicole MME JOURDAIN. Je suis heureuse de vous voir, Cléonte, vous arrivez quand il faut. Voici mon mari; prenez le temps de lui demander Lucile en mariage. CLEONTE. Ah! Madame, pouvais-je recevoir un ordre plus charmant? ScÉne XI M. Jourdain, Mme Jourdain, Cléonte, Lucile, Covielle, Nicole CLEONTE. Monsieur, j'ai voulu me charger moi-même d'une demande qui me tient au coeur. L'honneur d'être votre gendre est une faveur glorieuse que je vous prie de m'accorder. M. JOURDAIN. Avant de vous répondre, Monsieur, je vous prie de me dire si vous êtes gentilhomme. CLEONTE. Monsieur, la plupart des gens sur cette question n'hésitent pas beaucoup. Je suis né de parents honorables. J'ai passé six ans aux armes et j'ai assez de biens pour tenir dans le monde un rang convenable. Mais, avec tout cela, je ne veux pas me donner un nom que je n'ai pas et je vous dirai franchement que je ne suis pas gentilhomme. M. JOURDAIN. C'est parfait, Monsieur: ma fille n'est pas pour vous. CLEONTE. Comment? M. JOURDAIN. Vous n'êtes pas gentilhomme, vous n'aurez pas ma fille. MME JOURDAIN. Que voulez-vous dire avec votre gentilhomme? Est-ce que nous en sommes? M. JOURDAIN. Taisez-vous, ma femme. MME JOURDAIN. Ne sommes-nous pas tous deux de la bonne bourgeoisie? M. JOURDAIN. Voilà la mauvaise langue. MME. JOURDAIN. Il vaut mieux pour votre fille un honnête homme riche et bien fait, qu'un gentilhomme pauvre et mal bâti. NICOLE. C'est bien vrai! Le fils du gentilhomme de notre village est le plus grand dadais que j'ai connu. M. JOURDAIN. Taisez-vous impertinente. Vous vous fourrez toujours dans la conversation. J'ai assez de biens pour ma fille, je n'ai besoin que d'honneur, et je veux la faire marquise. MME JOURDAIN. Marquise? M. JOURDAIN. Oui, marquise. MME JOURDAIN. C'est une chose … laquelle je m'opposerai. Je ne veux pas qu'un gendre reproche ses parents à ma fille, et qu'elle ait des enfants qui aient honte de m'appeler leur grand-maman. M. JOURDAIN. Voilà bien les sentiments d'un petit esprit. Ne dÎtes plus rien: ma fille sera marquise malgré tout le monde; et si vous me mettez en colÉre, je la ferai duchesse! (Il sort.) MME JOURDAIN. Cléonte, ne perdez pas courage encore. Suivez-moi, ma fille, et venez dire à votre pÉre que si vous ne pouvez l'avoir, vous ne voulez épouser personne. ScÉne XII Cléonte, Covielle COVIELLE. Vous avez fait de belles affaires avec vos beaux sentiments. CLEONTE. Que veux-tu? Je ne sais pas mentir. COVIELLE. Pourquoi prendre sérieusement un homme comme cela? Ne voyez-vous pas qu'il est fou? CLEONTE. Tu as raison. Mais je ne croyais pas qu'il fallait être noble pour devenir le gendre de Monsieur Jourdain. COVIELLE. Ah, ah, ah! CLEONTE. De quoi ris-tu? COVIELLE. D'une pensée qui me vient pour nous moquer de lui et obtenir ce que vous souhaitez. CLEONTE. Dis-moi vite! COVIELLE. Une idée plaisante! CLEONTE. Quoi donc? COVIELLE. La mode est aux déguisements. Je veux m'en servir pour tromper notre ridicule. Cela sentira un peu la comédie, mais laissez-moi faire. CLEONTE. Mais apprends-moi... COVIELLE. Je vais tout vous dire. Retirons-nous. ScÉne XIII (deleted) ScÉne XIV DorimÉne, Dorante, laquais DORANTE. Voilà qui est bien. DORIMENE. Dorante, je trouve étrange de me laisser amener par vous dans une maison où je ne connais personne. DORANTE. Madame, quel lieu voulez-vous donc que mon amour choisisse pour vous célébrer, puisque pour fuir le scandale, vous ne voulez ni votre maison, ni la mienne? DORIMENE. Les dépenses que je vous vois faire pour moi m'inquiÉtent pour deux raisons: elles m'engagent plus que je ne voudrais, et je suis sûre qu'elles vous mettent dans la gêne; et je ne veux point cela. DORANTE. Ah! Madame, ce sont des bagatelles; et ce n'est pas par là... DORIMENE. Je sais ce que je dis; et, entre autres, le diamant que vous m'avez forcée à prendre est d'un prix... DORANTE. Eh! madame, ne parlez pas de cette chose que mon amour trouve indigne de vous; et acceptez... Voici le maÎtre du logis. ScÉne XV M. Jourdain, Dorante, DorimÉne, laquais, six cuisiniers M. JOURDAIN. (AprÉs avoir fait deux révérences, se trouvant trop prÉs de DorimÉne.) Un peu plus loin, Madame. DORIMENE. Comment? M. JOURDAIN. Un pas, s'il vous plaÎt. DORIMENE. Quoi donc? M. JOURDAIN. Reculez un peu, pour la troisiÉme. DORANTE. Madame, Monsieur Jourdain connaÎt les bonnes maniÉres. M. JOURDAIN. Madame, c'est pour moi une gloire bien grande de me voir assez fortuné pour être si heureux d'avoir le bonheur que vous avez eu la bonté de m'accorder la grâce de me faire l'honneur de m'honorer de la faveur de votre présence; l'avantage de me voir digne...des... DORANTE. Monsieur Jourdain, en voilà assez: Madame n'aime pas les grands compliments, et elle sait que vous êtes homme d'esprit. (Bas, … DorimÉne.) C'est un bon bourgeois assez ridicule dans toutes ses maniÉres. DORIMENE. (Bas … Dorante.) Il est facile de s'en apercevoir. DORANTE. Madame, voilà le meilleur de mes amis. DORIMENE. J'ai beaucoup d'estime pour lui. M. JOURDAIN. Je n'ai encore rien fait, Madame, pour mériter cette grâce. DORANTE. (Bas, … monsieur Jourdain.) Surtout, ne lui parlez pas du diamant que vous lui avez donné. M. JOURDAIN. Ne pourrais-je pas même lui demander comment elle le trouve? DORANTE. Comment? Surtout pas! Ce serait grossier, et pour agir en galant homme, il faut faire comme si ce n'est pas vous qui le lui avez offert. (A DorimÉne.) Monsieur Jourdain, Madame, dit qu'il est ravi de vous voir chez lui. DORIMENE. Il m'honore beaucoup. M. JOURDAIN. (Bas … Dorante.) Je vous remercie, Monsieur, de lui parler ainsi pour moi. DORANTE. (Bas … monsieur Jourdain.) J'ai eu beaucoup de peine à la faire venir ici. M. JOURDAIN. (Bas, à Dorante.) Mille mercis! DORANTE. Songeons à manger. LAQUAIS. Tout est prêt, Monsieur. DORANTE. Allons donc nous mettre à table, et qu'on fasse venir les musiciens. (Six cuisiniers apportent une table couverte de plusieurs plats. En dansant, ils font le troisiÉme intermÉde.) ACTE IV ScÉne premiÉre DorimÉne, Dorante, M. Jourdain, laquais DORIMENE. Dorante, voilà un repas magnifique! M. JOURDAIN. Ah! que voilà de belles mains! DORIMENE. Les mains sont médiocres, Monsieur Jourdain; mais vous voulez parlez du diamant, qui est trÉs beau. M. JOURDAIN. Moi, madame! Dieu me garde de vouloir en parler; ce ne serait pas agir en galant homme, et le diamant est fort peu de chose. DORANTE. Allons! qu'on donne du vin à Monsieur Jourdain. ScÉne II Mme Jourdain, M. Jourdain, DorimÉne, Dorante, laquais MME JOURDAIN. Ah, ah! je trouve ici bonne compagnie et je vois bien qu'on ne m'y attendait pas. DORANTE. Que voulez-vous dire, Madame Jourdain? Pourquoi penser que votre mari dépense son bien et que c'est lui qui offre ce festin … Madame? Apprenez que c'est moi, je vous prie. Il ne fait que me prêter sa maison. M. JOURDAIN. Oui, impertinente, c'est Monsieur le Comte qui donne tout ceci … Madame, qui est une personne de qualité. MME JOURDAIN. Chansons que tout cela: je sais ce que je sais. DORANTE. Prenez, Madame Jourdain, de meilleures lunettes. MME JOURDAIN. Je n'ai que faire de lunettes, Monsieur, et je vois assez clair; Madame pour une grand dame, ce n'est ni beau ne honnête à vous, de diviser un ménage et de permettre que mon mari soit amoureux de vous. DORIMENE. Que veut donc dire tout ceci? Dorante, vous vous moquez de moi: m'exposer aux visions de cette extravagante. DORANTE. (Suivant DorimÉne qui sort.) Madame, holà! Madame, où courez-vous? M. JOURDAIN. Madame! Monsieur le Comte, faites-lui mes excuses et tentez de la ramener. Ah! impertinente, je ne sais pas ce qui me retient de vous fendre la tête avec les restes du repas que vous êtes venue troubler. (On ôte la table.) MME JOURDAIN. Je me moque de cela. Ce sont mes droits que je défends, et j'aurai pour moi toutes les femmes. M. JOURDAIN. Vous faites bien d'éviter ma colÉre. (Seul.) Elle est arrivée au mauvais moment. ScÉne III Covielle (déguisé), M. Jourdain, laquais COVIELLE. Monsieur, je ne sais pas si j'ai l'honneur d'être connu de vous. M. JOURDAIN. Non, Monsieur. COVIELLE. Je vous ai connu tout petit. M. JOURDAIN. Moi! COVIELLE. Oui. J'étais grand ami de feu Monsieur votre pÉre. M. JOURDAIN. De feu Monsieur mon pÉre! COVIELLE. Oui. C'était un gentilhomme trÉs distingué. M. JOURDAIN. Vous l'avez connu comme gentilhomme? COVIELLE. Sans aucun doute. M. JOURDAIN. Il y a des gens qui veulent me dire qu'il a été marchand. COVIELLE. Lui, marchand! C'est pure médisance, il ne l'a jamais été. Mais comme il était trÉs serviable, et qu'il connaissait bien les tissus, il allait en choisir, les faisait apporter chez lui et en donnait à ses amis pour de l'argent. M. JOURDAIN. Je suis ravi de vous connaÎtre. Quel sujet vous amÉne? COVIELLE. Vous savez que le fils du Grand Turc est ici? M. JOURDAIN. Moi? Non. COVIELLE. Comment? Mais tout le monde va le voir; et il a été reçu dans ce pays comme un trÉs grand seigneur. M. JOURDAIN. Je ne savais pas cela. COVIELLE. Ce qui est bien pour vous, c'est qu'il est amoureux de votre fille. M. JOURDAIN. Le fils du Grand Turc? COVIELLE. Oui. Il veut être votre gendre. M. JOURDAIN. Mon gendre, le fils du Grand Turc! COVIELLE. Le fils du Grand Turc votre gendre. Je suis allé le voir et, comme je comprends trÉs bien sa langue, il m'a dit: "Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanabem varahini oussere carbulath," c'est-à-dire: "N'as-tu pas vu une jeune belle personne, qui est la fille de Monsieur Jourdain, gentilhomme parisien?" M. JOURDAIN. Le fils du Grand Turc dit cela de moi? COVIELLE. Oui, enfin, pour terminer ma mission, il vient vous demander votre fille en mariage. Mais, pour avoir un beau-pÉre digne de lui, il veut vous faire Mamamouchi, ce qui est une grande dignité de son pays. M. JOURDAIN. Mamamouchi? COVIELLE. Oui, Mamamouchi; c'est-à-dire, en français, paladin. Paladin, ce sont de ces anciens...Paladin enfin. Il n'y a rien de plus noble dans le monde. M. JOURDAIN. Le fils du Grand Turc m'honore beaucoup et je vous prie de me conduire chez lui pour le remercier. COVIELLE. Comment? Il va venir ici. M. JOURDAIN. Il va venir ici? COVIELLE. Oui. Il amÉne toutes les choses pour la cérémonie. Je l'entends venir: le voilà. ScÉne IV Cléonte (habillé en Turc, avec trois pages portant sa robe), M. Jourdain, Covielle (déguisé) Voici le fils du Grand Turc. C'est Cléonte! CLEONTE. Oustin yoc catamalequi basum base alla moram. COVIELLE. Il dit: "Que le Ciel vous donne la force des lions et la prudence des serpents!" M. JOURDAIN. Son Altesse Turque m'honore trop. COVIELLE. Ossa binamem sadoc babally. CLEONTE. Bel-men. COVIELLE. Il dit que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie, afin de voir ensuite votre fille, et de conclure le mariage. M. JOURDAIN. Tant de choses en deux mots? COVIELLE. Oui, la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en peu de paroles. Allez vite où il veut. ScÉne V Dorante, Covielle COVIELLE. Ha, ha, ha! Ma foi! cela est tout à fait drôle. DORANTE. Ah, ah! Covielle, qui t'aurait reconnu? Comme te voilà arrangé! COVIELLE. Vous voyez. Ah, ah! DORANTE. De quoi ris-tu? Comment? COVIELLE. Cachez-vous un peu plus loin pour laisser la place à ce que je vois venir. Vous pourrez voir une partie de l'histoire. Je vous expliquerai le reste. (La cérémonie turque pour ennoblir le Bourgeois se fait en danse et en musique, en utilisant une langue fabriquée. C'est le quatriÉme intermÉde.) ScÉne VI LE MUPHTI. Dice, Turque, qui star quista? Anabatista? anabatista? LES TURCS. Ioc LE MUPHTI. Zuinglista? LES TURCS. Ioc. LE MUPHTI. Coffita? LES TURCS. Ioc. LE MUPHTI. Hussita? Morista? Fronista? LES TURCS. Ioc, ioc, ioc. LE MUPHTI. Bramina? Moffina? Zurina? LES TURCS. Ioc, ioc, ioc. LE MUPHTI. Como chamara? Como chamara? LES TURCS. Giourdina, Giourdina. LE MUPHTI. Giourdina, Giourdina. LES TURCS. Giourdina, Giourdina. LE MUPHTI. Mahameta, per Giourdina, Voler far un paladina De Giourdina, de Giourdina: Dar turbanta, et dar scarrina; Con galera, et brigantina Per defender Palestina. Star bon Turca, Giourdina? Ha la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da. LES TURCS. Ha la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da. LE MUPHTI. Ti star nobile, non star fabbola. Pigiliar schiabbola. LES TURCS. Ti star nobile, non star fabbola. Pigiliar schiabbola. LE MUPHTI. Dara, dara, bastonara. LES TURCS. Dara, dara, bastonara. LE MUPHTI. Non tener honta, Questa star l'ultima affronta. LES TURCS. Non tener honta, Questa star l'ultima affronta. ACTE V ScÉne PremiÉre Mme Jourdain, M. Jourdain MME JOURDAIN. Ah mon Dieu! miséricorde! Qu'est-ce que c'est que cela? Quelle allure! Est-ce le moment de se déguiser? Parlez-donc, qu'est-ce que c'est que ceci? Qui vous a arrangé comme cela? M. JOURDAIN. Quelle sotte! Parler ainsi à un Mamamouchi. MME JOURDAIN. Que voulez-vous dire avec votre Mamamouchi? M. JOURDAIN. Mamamouchi, vous dis-je, je suis Mamamouchi. MME JOURDAIN. Quelle bête est-ce là? M. JOURDAIN. Quelle ignorante! Je viens d'en recevoir la dignité au cours d'une cérémonie. MME JOURDAIN. Quelle cérémonie donc? M. JOURDAIN. Mahameta per Iordina. MME JOURDAIN. Qu'est-ce que cela veut dire? M. JOURDAIN. Iordina, c'est-…-dire Jourdain. MME JOURDAIN. Eh bien! quoi, Jourdain? M. JOURDAIN. Voler far un Paladina de Iordina. MME JOURDAIN. Qu'est-ce que c'est que tout cela? M. JOURDAIN. (Danse et chante.) Hou la ba, ba la chou, ba la ba, ba la da. MME JOURDAIN. Il a perdu l'esprit! Courons l'empêcher de sortir. (Apercevant DorimÉne et Dorante.) (Elle sort.) ScÉne II Dorante, DorimÉne DORANTE. Oui, Madame, vous verrez la chose la plus drôle du monde. Je ne crois pas qu'on trouve un homme aussi fou que celui-là. Et puis, Madame, il faut tâcher de servir l'amour de Cléonte et de l'aider dans sa mascarade. DORIMENE. J'ai beaucoup de respect pour lui. Il est digne d'être heureux. Pour vous, je veux vous empêcher de vous ruiner, et pour faire cesser toutes ces dépenses que je vous vois faire pour moi, j'ai décidé de me marier avec vous. DORANTE. Ah! Madame, est-ce possible? ScÉne III M. Jourdain, Dorante, DorimÉne DORANTE. Monsieur, nous venons rendre hommage, Madame et moi, à votre nouvelle dignité, et nous réjouir avec vous du mariage de votre fille avec le fils du Grand Turc. M. JOURDAIN. (AprÉs avoir fait les révérences à la turque.) Monsieur, je vous souhaite la force des serpents et la prudence des lions. DORANTE. Où est donc son Altesse Turque? Nous voudrions le saluer. M. JOURDAIN. Le voilà. J'ai envoyé chercher ma fille pour qu'elle lui donne la main. ScÉne IV ClÉonte (habillé en Turc), Covielle (déguisé), M. Jourdain, DorimÉne, Dorante. DORANTE. (A Cléonte.) Monsieur, nous sommes des amis de votre beau-pÉre, et nous venons saluer votre Altesse. M. JOURDAIN. Où est l'interprÉte pour lui dire qui vous êtes? Vous verrez qu'il vous répondra: il parle turc à merveille. (A Cléonte.) Strouf, strif, strof, straf. Monsieur est un grande Segnore, grande Segnore, grande Segnore; et Madame une granda Dama, granda Dama. Lui, Monsieur, lui Mamamouchi français, et Madame Mamamouchi"e" français"e." Euh...Ah! voici l'interprÉte. Où étiez-vous? Nous ne pouvons rien dire sans vous. Dites-lui que Monsieur et Madame sont des personnes de haute noblesse. COVIELLE. Alabal crociam acci boram alabamen. CLEONTE. Catalequi tubal ourin soter amalouchan. M. JOURDAIN. Voyez-vous. COVIELLE. Il dit que la pluie des prospérités arrose en tout temps le jardin de votre famille! M. JOURDAIN. Je vous l'avais bien dit, qu'il parle turc. DORANTE. C'est admirable. ScÉne V Lucile, M. Jourdain, Dorante, DorimÉne, Cl‚onte, Covielle. M. JOURDAIN. Venez, ma fille, approchez-vous et venez donner votre main à Monsieur, qui vous fait l'honneur de vous demander en mariage. LUCILE. Mon pÉre, quel est ce déguisement? Est-ce une comédie que vous jouez? M. JOURDAIN. Non, non, ce n'est pas une comédie, c'est une affaire sérieuse. Voilà le mari que je vous donne. LUCILE. Je ne veux pas me marier. M. JOURDAIN. Ah! que de bruit! Allons, vous dis-je, votre main. LUCILE. Non, mon pÉre, je vous l'ai dit, rien ne peut m'obliger à prendre un autre mari que Cléonte. Je préfÉre plutôt...(Reconnaissant Cléonte.) Il est vrai que vous êtes mon pÉre, je vous dois entiÉre obéissance et c'est à vous de décider pour moi. M. JOURDAIN. Ah! je suis ravi. Il me plaÎt d'avoir une fille obéissante. ScÉne VI Mme Jourdain, M. Jourdain, Cléonte, Lucile, Dorante, DorimÉne, Covielle MME JOURDAIN. Comment? qu'est-ce que c'est que ceci? On me dit que vous voulez donner votre fille en mariage à un masque déguisé? M. JOURDAIN. Je veux marier notre fille avec le fils du Grand Turc. MME JOURDAIN. Avec le fils du Grand Turc! DORIMENE. C'est une grande gloire, qui n'est pas à rejeter. MME JOURDAIN. Madame, restez en dehors de ce qui ne vous concerne pas. DORANTE. Voilà votre fille qui consent aux volontés de son pÉre. MME JOURDAIN. Ma fille consent à épouser un Turc? DORANTE. Sans aucun doute. MME JOURDAIN. Elle peut oublier Cléonte? DORANTE. Que ne fait-on pas pour être une grande dame. MME JOURDAIN. Je l'étranglerais de mes mains si elle avait fait un coup comme celui-là. M. JOURDAIN. Que de bavardages. Je vous dis que ce mariage se fera. MME JOURDAIN. Je vous dis, moi, qu'il ne se fera pas. M. JOURDAIN. Ah! que de bruit! LUCILE. Ma mÉre. MME JOURDAIN. Allez, vous êtes une coquine. COVIELLE. (A M. Jourdain.) Monsieur, si elle veut écouter une parole en particulier, je vous promets de la faire accepter ce que vous voulez. MME JOURDAIN. Je n'accepterai pas. COVIELLE. Ecoutez-moi seulement. MME JOURDAIN. Non. M. JOURDAIN. Ecoutez-le. MME JOURDAIN. Non, je ne veux pas écouter. M. JOURDAIN. Il vous dira... MME JOURDAIN. Je ne veux rien entendre. COVIELLE. (A part.) Il y a une heure, Madame, que nous vous faisons signe. Ne voyez-vous pas que tout ceci n'est fait que pour plaireà votre mari, que ces déguisements sont pour le tromper et que c'est Cléonte lui-même qui est le fils du Grand Turc? MME JOURDAIN. Ah! ah! (Haut.) Oui, voilà qui est fait, je consens au mariage. M. JOURDAIN. Ah! voilà tout le monde raisonnable. Vous ne vouliez pas l'écouter. Je savais bien qu'il vous expliquerait ce que c'est que le fils du Grand Turc. MME JOURDAIN. Il me l'a expliqué comme il faut, et j'en suis satisfaite. Envoyons chercher un notaire. DORANTE. TrÉs bien. Et afin que Madame Jourdain soit toutà fait contente et ne soit plus jalouse de son mari, nous nous servirons du même notaire pour nous marier, Madame et moi. M. JOURDAIN. (Bas, à Dorante.) C'est pour lui faire croire? DORANTE. (Bas … M. Jourdain.) Il faut bien l'amuser avec cette feinte. M. JOURDAIN. Bon, bon. (Haut.) Allez vite chercher le notaire. MME JOURDAIN. Et Nicole? Que fera-t-on d'elle? M. JOURDAIN. Je la donne … l'interprÉte; et ma femme à qui la voudra. COVIELLE. Monsieur, je vous remercie. (A part.) Si j'en rencontre un plus fou, j'irai le dire à Rome. (La comédie finit par un petit ballet.)